Ecole d’art Gerard Jacot

En parallèle avec l’exposition « Brouillon Générale » présentée à la Tour 46, l’école m’a proposé de montrer une série de tirages contacts:

Découpés dans des plaques de verre de vitrine, les ‘négatifs’ qui servaient à confectionner ces tirages par contact faisaient partie d’une recherche plus large : toute une série de formes en verre peint ont été montrées dès 1980 dans la galerie de Chantal Crousel, rue Quincampoix, puis plus tard au Centre Pompidou

La forme de ces plaques, tracées avec une roulette de vitrier, est obtenue en frappant l’avers du verre avec un petit marteau, le trait « s’ouvre », puis à l’aide d’une pince « à gruger » on dégage délicatement le verre autour pour libérer la forme.

 

Les dessins avec une tracée rentrante sont assez délicats à réussir : tel est le cas de ces ‘négatifs’ de petite dimension. L’action de la pince qui ronge le bord du verre a tendance à produire des éclats, des ‘huitres’.

 

Nettoyées des débris de façonnage, ces découpes ont été recouvertes avec une couche généreuse de peinture glycérophtalique noire, puis, pendant le séchage, un dessin a été tracé dans la peinture fraiche, juste au moment ou la viscosité accrue le permettait.

 

C’était un exercice qui mettait en pratique des façons de faire, des variations techniques d’épaisseur de verre, de temps de séchage de la peinture, de dégagements des formes.

 

Pour garder la trace de ces expérimentations j’ai demandé à un laboratoire photographique voisin à Rennes d’en faire des tirages contact qui pourraient me servir de patron, d’échantillon.

 

Séduit par le résultat qui allait bien au-delà de mes attentes, avec les éclats, reflets, effets prismatiques et autres phénomènes optiques, j’en ai fait faire des séries.

 

Regardant ces tirages, on se trouve devant une coïncidence de l’optique et du tactile, fixée dans le temps par la simultanéité de l’exposition de la surface photosensible du papier à la lumière. Ce n’est pas une image, mais une impression qui résulte de cette opération, le papier photographique étant l’indice de cette rencontre entre la forme et la lumière.

 

Ces « oxydations de résidus fixés par la lumière et la chimie » selon Man Ray possèdent une qualité particulière qui consiste à témoigner d’une rencontre tactile ancienne, comme ces traces de pas des hommes primitifs trouvées sur des plages anglaises et conservées après moulage et tirage en plâtre.

 

Tirage, le mot revient souvent dans des opérations qui touchent à la fois à la photographie et la sculpture : ici, il y a une rencontre entre les deux disciplines, juste au moment où la relation privilégiée entre la photographie en sculpture allait se concrétiser au début des années 80.

 

Ces tirages, jamais exposés (l’histoire à voulu ainsi), ressortent aujourd’hui, refont surface pourrait-on dire, pour être reconsidérés comme des témoins d’une époque où la photographie ne pouvait être autre qu’argentique ; non pas des images, mais des traces indicielles d’objets fabriqués à la main, perdus pour certains d’entre eux, mais dont les seings lumineux persistent.